Ça prend 30 lunes pour faire un bébé

Un voyage au coeur de l’enfantement

De la préconception au postpartum, la durée du vortex de la création de la vie

Ma fille a eu 9 mois hier, le 29 avril 2021. Et ça fait une semaine que je sens que le vortex de sa naissance, notre bulle de fusion, se referme pour de bon. Comment je le perçois ? En résumé, je sens qu’elle est moins collée à moi, à mon champ énergétique. Je me sens enfin distincte d’elle. Mes mouvements intérieurs ou extérieurs ne l’influencent plus autant. Elle peut passer plus de temps sans mon odeur, ma chaleur. Son papa devient une réelle figure d’attachement, même le soir, même pour accueillir les éventuels pleurs de décharge, ce qui m’était “réservé” depuis sa naissance.  J’ai plus d’énergie et de disponibilité pour prendre soin de moi. J’ai plus envie de sortir, être en mouvement, penser à moi. Et je retrouve une capacité d’attention aux choses matérielles plus forte.  

Ce matin, je me suis sentie appelée à écrire sur ce sujet et j’ai donc eu envie d’aller voir à quelle date correspondaient les 10 lunes de ma fille, née le 29 juillet 2020. Et je vous le mets dans le mille, il y a pile une semaine, le 22 avril, en lune gibbeuse croissante, elle a fêté ses 10 tours de lune autour de la Terre hors de mon ventre. Je l’ai sentie intensément, physiquement et psychiquement, la fermeture progressive de ce que j’appellerai ici le vortex de la création de vie. 

une question de temps

J’ai la sensation que dans notre société moderne, on ne prend plus vraiment le temps. Le temps de se poser, de laisser les enseignements infuser en nous, de rire vraiment, de faire l’amour lentement, de regarder la nature déployer ses joyaux au fil de la journée… Le temps est tout entier dédié à la productivité, à la consommation et au divertissement. Tout doit aller vite. Déjà obsolète à peine créé. Dans une société dite moderne dont le rythme est si effréné, il n’y a donc malheureusement rien d’étonnant que l’on se presse ou se fasse presser, même dans une étape de vie aussi cruciale que la naissance ou la matrescence. J’observe que dans ce paradigme de la vitesse on cherche à raccourcir chaque étape. Il faut vite revenir comme avant, juste avec un enfant en plus. On pourrait croire naïvement qu’au moins la grossesse est épargnée par le dogme de l’efficacité, car on ne peut accélérer la création de la vie, forcés que l’on est de respecter le temps d’incubation et d’attendre le temps que les corps maternels et fœtaux décident eux-mêmes, spontanément, de la fin de leur osmose… 

Faire confiance au corps ?

Eh bien, observons simplement déjà le nombre d’enfantements déclenchés par la médecine moderne avant que la nature ne le décide. De 2010 à 2016 en France, “pour 68,1 % des femmes, le début de travail a été spontané, pour 22,6 % déclenché, et 9,3 % ont eu une césarienne avant travail”1. Plus de 30 % des naissances en France voient donc leur rythme hâté par le paradigme médical actuel. On ne prend même plus la peine d’attendre que le bébé veuille bien choisir de se mettre au monde, à son rythme. Et si la raison est souvent de limiter certains risques, qui parfois (mais certainement pas pour autant de bébés et de mamans) sont réels, ce n’est pas une pratique anodine, ni sans risques elle-même, puisque cela augmente le risque d’une prématurité mal calculée, de détresse fœtale, de césarienne et de toute une panoplie d’interventions dont on peine à mesurer l’impact en profondeur. 

N’est-on pas, de plus, déjà en train de signifier au bébé, pour son premier apprentissage, qu’on sait mieux que lui quand il est temps ? Que parfois, dans le monde dans lequel il atterrit, les vacances de l’obstétricien comptent plus que la maturation de ses poumons ? Qu’on saurait mieux faire que la danse hormonale fabuleusement complexe qui se joue entre le bébé et la maman quand la nature peut décider elle-même du meilleur moment ? Sans oublier que les contractions seront bien plus faciles à vivre pour la mère et pour l’enfant si on respecte la physiologie. Le déclenchement provoque des contractions mécaniques bien plus douloureuses, pour la maman et également pour le bébé qui les supporte moins bien. De plus, même sans déclenchement, la plupart du temps, on décide d’anesthésier alors même que la douleur est un informateur aidant si on apprend à l’accueillir ainsi. En effet, c’est cette douleur ressentie qui déclenche un pic d’endorphine et d’ocytocine pour l’apaiser. Mais pour que cette ocytocine naturelle soit sécrétée, il faut que la femme qui enfante ne soit pas sous ocytocine de synthèse.  Tous ces signaux de notre corps si magique qui sont tus, dont on oublie l’utilité, la sagesse.  

Pressés du début à la fin

Au-delà de la date de fin de grossesse, les protocoles hospitaliers pressent également la parturiente durant tout le processus de l’accouchement. Un tel nombre d’heures sont autorisées après la rupture des membranes avant le déclenchement, un tel autre assigné à l’ouverture du col (1 cm par heure, telle une formule mathématique immuable). On ne respecte pas non plus la phase de la quiétude (selon les étapes du vortex de la naissance de Quantik Mama), qui est un repos magnifique, accordé à la femme, à son bébé et à son utérus par la nature, entre la fin de la dilatation du col et le début de la descente du bébé dans le canal vaginal. La femme, dans le paradigme médical, devra pousser immédiatement, dirigée par le personnel “soignant”. Et elle n’aura pas le droit de pousser plus que tant de minutes avant qu’on la presse de se dépêcher, cela sans signe de détresse fœtale immédiats, sous peine d’instrumentaliser la sortie ou de passer en césarienne d’”urgence”.  

Laisser le temps et le prendre

On ne laisse souvent pas le temps au bébé de faire sa dernière rotation, une fois sa tête sortie, pour dégager ses épaules, seul, comme il sait si bien le faire. Des mains gantées le tirent dehors, lui signifiant à la première seconde de sa vie, son incompétence à se mettre au monde, à choisir la vie, à son rythme. La vie commence donc bien souvent par un manque de respect du rythme et des besoins du nouveau-né, par un manque cruel de douceur et de confiance. Pas étonnant qu’ensuite nous avons tant de peine à réapprendre à nous écouter.  

Puis, le placenta lui-même est souvent prié de sortir au plus vite et est même parfois arraché, s’il traîne dans sa route vers la sortie, par des mains étrangères qui entrent dans le corps de la femme. Tiré, voire parfois même poussé dehors au plus vite par une expression abdominale barbare (pratique dorénavant heureusement interdite mais qui a toujours lieu). Cela avant d’être simplement jeté aux ordures sans un regard d’amour (mais ça c’est une autre histoire, que je vous conterai peut-être). 

Respecter l’heure de l’enchantement

De plus en plus, heureusement, on parle du temps d’atterrissage du bébé sur sa maman, de cette heure de peau-à-peau que l’on veut parfois bien accorder avant d’aller fourrer un tuyau dans le nez du fraîchement-né et des gouttes dans ses yeux qui s’ouvrent pour la première fois sur le monde, sur sa famille. Une heure que tant de dyades maman-bébé n’ont même pas. Bébé est emporté et rendu lavé de ses odeurs et tout habillé. Notre corps-esprit mammifère en perd donc tout un tas de données qui proviennent du toucher, de l’odorat, du goût, et du temps pour sentir les choses. Pour sentir qu’on a enfanté. Qu’on est devenue mère. Et que bébé sente qu’il est né, qu’il peut respirer, qu’il s’est incarné sur Terre.  

Vous en avez assez entendu ? Pourtant ce manque de respect de notre nature ne s’arrête pas là. La période postnatale n’est malheureusement pas épargnée par cette recherche de vitesse. La nouvelle maman reçoit tant d’injonctions qui la somment de se remettre au plus vite, de ne pas être qu’une mère, de redevenir femme, de ne pas se laisser aller, sous peine de voir le père partir pour une plus jeune, plus soignée. Car la grossesse et l’enfantement ne sont pas des maladies, donc bon, elle peut se lever et nettoyer sa maison, faire le thé et des petits gâteaux pour les invités qui viendront voir son nouveau-né (et pas elle). Puis laisser, dès 2 mois pour certaines, leur bébé à garder pour vite, vite prendre soin d’elles et retrouver la forme et la productivité de l’emploi. Car elle serait bien oisive que de vouloir seulement rester avec ses enfants et les élever elle-même. Et puis les autres l’ont fait avant elle, elle ne voudrait pas être plus flemmarde, moins volontaire, plus faible qu’elles.  

La nature a son propre rythme

Seulement, il me semble que la nature avait prévu d’autres temps, un autre tempo. Si on prend le temps de l’écouter, de l’observer, on peut aisément voir qu’il est beaucoup plus lent. Beaucoup. Plus. Lent. Le temps qu’il faut pour intégrer les choses, comme une douce infusion pour en extraire la sagesse. Le temps pour le corps de faire un être humain, puis de remettre en place ce qui a besoin de l’être. Le temps pour le cœur et l’esprit de se dilater assez grand, de s’ouvrir à ce nouvel être qui atterrit dans cette famille. Le temps de la parentescence… Devenir mère, pour la première ou la énième fois, devenir père, devenir parents ensemble alors qu’on était un couple jusqu’alors. Le temps de réapprivoiser ce corps qui est devenu maternel et de l’aimer. Le temps de prendre soin du périnée et des organes qui ont bougé.  

Tout cela est infiniment complexe et prend un temps plus ou moins long selon les personnes et les circonstances. Néanmoins, il est certain pour moi que cela prend bien plus de temps que celui que notre société veut bien nous allouer pour devenir parents avant de revenir produire, aussi efficaces qu’avant et surtout sans jamais se plaindre, car bon on l’a choisi, alors… Et on devrait être heureux, bébé est en santé et maman aussi, c’est tout ce qui compte, non ?   

Respecter les rythmes

Aucune prise en compte de la fatigue, psychique, physique, émotionnelle. Du temps dont on a besoin pour se réaligner dans cette nouvelle vie. Du temps dont a besoin notre petit humain, mammifère, pour se sentir en sécurité un peu plus loin des bras aimants et sécurisants de ses figures d’attachement proximales. On presse les parents qui ne doivent quand même pas se perdre dans leur identité de parents, il faut qu’ils redeviennent vite un couple, deux individus, qui sortent, travaillent, font la fête (mais pas trop) et ont des relations sexuelles (parce que les seins c’est pour le papa, c’est bien connu !).  

On presse aussi les bébés, il faut au plus vite être autonomes, les séparer de leurs parents. Et puis, il serait temps de socialiser cet enfant qui deviendra inévitablement sauvage à rester avec eux, en le mettant toute la journée avec de nombreux enfants et très peu d’adultes pour répondre à leurs besoins. Et l’éduquer à dormir sans eux, sans avoir peur, à rester sage, à manger proprement, à dire merci et à faire des bisous à tante Jeannette, même si ça ne lui dit trop rien.  

Comment apprend-t-on à s’écouter ?

Dans ce paradigme, les besoins psycho-affectifs de tous les membres de la famille sont niés. En fait, si on regarde bien, on est dans un système complexe, culturel, multifactoriel, qui nous apprend purement et simplement à ne pas nous écouter et à fonctionner dans la société en étant bien comme il faut, ne pas faire de vagues, ne pas déborder. Et à enseigner cela à nos enfants au plus vite. Et on ne s’en rend même plus compte que personne ne s’écoute, parce que ça à l’air de marcher. En surface, c’est bien vrai, si on ne gratte pas trop pour voir sous le beau vernis, ça semble fonctionner. Poussées par un désir d’égalité entre les hommes et les femmes, les femmes ont appris à vouloir la carrière aussi et donc à tout faire. Elles sont fortes et elles ont en elles, pour la plupart, la capacité à toujours se surpasser et faire ce qu’il faut, malgré les souffrances générées. Respecter les injonctions, même contradictoires.  

Nous avons si bien appris, collectivement, depuis l’enfance, à outrepasser nos besoins fondamentaux, à vivre dissociés de notre corps, de notre cœur et à ne pas nous écouter, qu’on y arrive finalement plutôt bien à aller au travail à 3 mois postpartum, 8 heures par jour. Ça ne se voit même pas que l’on en souffre. Ce sont d’autres signes qui nous le montrent, plus subtilement, sur le long terme.  

Des conséquences subtiles mais dévastatrices

Le taux de séparations des couples aux 5 ans de leur enfant, le pourcentage de dépressions, de burn out, de passages à l’acte en tous genres. (En France, la deuxième cause de mortalité maternelle, dans la première année de vie d’un enfant, est le suicide !2) Et simplement le nombre de gens qui, n’arrivant pas à tout concilier, se sentent en échec dans un ou plusieurs domaines de leurs vies et ne sont pas réellement épanouis. Mais pour ça encore faudrait-il avoir envie de la faire cette analyse de notre société, si moderne.  

Alors, si on s’arrête ne serait-ce qu’un instant. Si on commence à s’écouter un peu en dedans, on peut observer d’autres rythmicités. D’autres temps pour les cycles de la vie. Un autre timing qui chante en nous et tout autour de nous. Le son des battements de notre cœur, notre respiration qui va et vient, les saisons qui passent et repassent chaque année, la lune qui influence nos états d’être, notre cycle menstruel, le temps du parentage proximal… Si on parvient à les suivre ces rythmes, ces tempos de la vie, alors le tam-tam du cœur de la création peut venir sonner jusqu’à dans nos oreilles et nous enseigner. Nous montrer. La tendresse. La douceur. Le temps de vivre, de sentir, et d’apprécier de se sentir vivant. Le temps de voir nos familles s’agrandir et nos enfants apprendre, rire et grandir. Grandir en sentant ce que cela fait d’être vivant et d’expérimenter la vie et toute sa panoplie d’émotions. Le temps de sentir l’amour que la vie nous porte, le temps de la gratitude.  

Un vortex de 30 lunes ( et plus ! ) pour créer la vie

Une des mes mentor, Karine Laseva de QUANTIK MAMA, a posé le mot vortex pour décrire les étapes physiologiques par lesquelles une personne passe pour donner naissance. Ce mot est puissant et je trouve qu’il est tout approprié pour nommer le processus entier de création de la vie, selon ce que je ressens. C’est le temps dont la vie a besoin pour créer une nouvelle incarnation sur notre belle Terre-Maman. Pour ouvrir la porte dans le corps et le cœur et aller chercher une étincelle de vie dans le Grand Tout qui deviendra un nouvel être humain.  

Pour moi, cela prend du temps pour faire un enfant et aussi pour en revenir. 30 lunes. 3 fois 10 lunes. 10 lunes de préconception, qu’on en soit conscient ou non. 10 lunes de grossesse (eh oui une grossesse dure en moyenne 280 jours, l’équivalent de 10 cycles lunaires donc). Et 10 lunes de post partum, pour refermer ce qui a été ouvert. Et même, pour revenir vraiment totalement (si cela est possible) du vortex de l’enfantement, cela peut prendre encore bien plus de temps. Car comme le dit si bien Anna Roy, “le postpartum dure 3 ans”. (“La vie rêvée du postpartum, Anna ROY, Editions Larousse, 2021)

Je l’ai senti dans mon corps et dans ma psyché. J’ai pu sentir la fermeture du vortex à 10 lunes post natal. Et j’ai également pu le sentir très fort aussi, dès le moment de la conception, s’ouvrir et grandir peu à peu, jusqu’au sommet, durant l’enfantement. Mon esprit est parti vagabonder dans d’autres fréquences, à la rencontre de mon bébé, pendant des mois. Mes capacités intellectuelles s’en sont d’ailleurs retrouvées réduites (ou alors modifiées simplement ?) pour tout ce temps. Mais cela m’a permis d’affiner d’autres compétences, une vraie présence, à moi et aux gens que j’aime. La capacité d’être là, vraiment, dans l’instant présent, avec mes bébés. Sans doute, si on ralentissait un peu, si on prenait le temps d’accueillir la vie comme il se doit, la société dans son ensemble bénéficierait d’humains plus présents, donc plus conscients des conséquences de leurs actions. 

Thaïs 

 

 

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