HUILES ESSENTIELLES : LES DANGERS CACHÉS D’UNE TENDANCE MONDIALE – CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR.

Depuis quelques années, les huiles essentielles ont été couronnées reines du « naturel ». Détoxifier son corps, soigner ses enfants, retrouver de l’énergie, calmer son anxiété : elles promettent tout, comme un remède miracle à portée de flacon. Mais cette mode, propulsée par des entreprises internationales aux pratiques douteuses et par un marketing oppressant, a un coût que nous ne pouvons plus ignorer. Derrière chaque goutte d’huile essentielle se cache une chaîne potentielle d’exploitation, de destruction environnementale et d’atteinte à la santé humaine.

Nous ne remettons pas en question l’utilisation des huiles essentielles en elles-mêmes. Au contraire, nous les reconnaissons comme des remèdes naturels puissants et efficaces, mais, selon nous, elles devraient être utilisées uniquement en cas de besoin réel, dans un cadre de soin ciblé. Bien employées, elles peuvent offrir de véritables bienfaits. Nous estimons qu’elles devraient être considérées comme n’importe quel médicament. Avec la conscience des effets négatifs et une réflexion bénéfices/risques avant utilisation. 

Cependant, leur consommation excessive dans des produits cosmétiques, des diffuseurs ou des traitements préventifs, souvent à titre quotidien, devient problématique. 

Selon le site https://ecotoxicologie.fr, dans son article sur les huiles essentielles, « les estimations diffèrent, mais on retiendra que la production mondiale aurait triplé entre 1990 (environ 45 000 Tonnes) et 2017 (environ 150 000 Tonnes), pour représenter un marché d’environ 6 milliards de dollars (Onder, 2018). Une étude récente prévoit que celle-ci devrait continuer à augmenter de façon significative, sous l’effet d’une demande mondiale croissante qui s’élèverait à 473 000 Tonnes en 2027 (Ferraz, 2022a). La France est en première ligne sur ce marché, puisqu’elle était en 2019 le troisième pays exportateur et importateur mondial d’huiles essentielles (en valeur), derrière les États-Unis et l’Inde (FranceAgriMer, 2020). »

Parmi les huiles essentielles les plus produites, on trouve : (source : FranceAgriMer)

  • Huile essentielle d’orange : environ 45 000 tonnes, principalement produites aux États-Unis et au Brésil.
  • Huile essentielle de menthe des champs (Mentha arvensis) : environ 32 000 tonnes, avec l’Inde et la Chine comme principaux producteurs.
  • Huile essentielle de citron : environ 5 000 tonnes, produites notamment en Argentine, en Italie et aux États-Unis.

Ces volumes massifs exercent probablement une pression considérable sur les ressources naturelles, nécessitant de grandes quantités de matières premières végétales et entraînant des impacts environnementaux significatifs.

Concernant doTERRA, par exemple, l’une des principales entreprises du secteur, les informations précises sur leurs volumes de production ne sont pas publiquement disponibles. Cependant, selon leur rapport d’impact annuel de 2021, doTERRA soutient environ 463 025 emplois dans le monde et qu’elle s’approvisionne en huiles essentielles dans 47 pays. 

Bien que ces chiffres témoignent de l’ampleur de leurs opérations, ils ne fournissent pas de détails spécifiques sur les quantités produites (en tout cas, nous ne les avons pas trouvés). Il est important de noter que l’industrie des huiles essentielles (qui n’est pas exclusive à doTerra) est caractérisée par une certaine opacité en ce qui concerne les données de production et de distribution, ce qui rend difficile l’obtention de chiffres précis pour des entreprises spécifiques.

Cet article a pour but de vous informer au mieux. C’est un cri du cœur pour dénoncer les dangers méconnus de cette industrie et rappeler qu’il est essentiel de privilégier une consommation raisonnable et responsable, même quand il s’agit de produits naturels. Parce que naturel, ne veut pas forcément dire sain pour l’être humain et pour la planète. Comme pour tout, c’est la dose qui fait le poison.

diagramme représentant les différentes destinations pour les huiles essentielles

Source des données : Qimdis, 2017 – Crédit illustration : © Ecotoxicologie.fr

Le marketing MLM : un piège pour les femmes en quête d’indépendance financière

Une des causes principales de la montée en force de la mode des huiles essentielles est sa stratégie marketing. C’est ainsi qu’ils se sont développés extrêmement vite. Les géants comme DoTerra ou Young Living s’appuient sur un modèle de marketing multiniveau (MLM) qui cible spécifiquement les personnes précaires qui ont besoin d’un complément de salaire ou d’un travail. Les femmes sont donc souvent tentées car en quête d’une indépendance financière, souvent mères ou entrepreneures. C’est peut-être l’aspect le plus insidieux de cette industrie : la manière dont elle s’enracine dans la vie des femmes.

Leurs campagnes parlent à nos cœurs fatigués :

  • « Vous pouvez gagner votre vie tout en prenant soin de votre famille. »
  • « Créez un environnement sain et naturel pour vos enfants. »

Mais la réalité est bien différente. Très peu de femmes tirent un revenu décent de ce système. Oui, certaines y arrivent, mais c’est loin d’être la majorité. C’est même plutôt rare sur le long terme ! Selon cet article, seuls 0.3% des personnes qui se lancent dans le MLM gagnent à la fin plus que ce qu’elles ont investi. « Selon un rapport portant sur les modèles économiques de 350 entreprises de vente multiniveau, rapport publié sur le site de la Federal Trade Commission américaine, au moins 99 % des personnes qui s’engagent dans une entreprise de vente multiniveau perdent de l’argent. » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vente_multiniveau). La plupart des femmes investissent des sommes importantes pour acheter des produits qu’elles doivent ensuite revendre, souvent sans succès. Pire, elles sont poussées à recruter d’autres femmes pour espérer monter dans la hiérarchie, créant un cercle vicieux où la majorité travaille pour enrichir les quelques personnes au sommet. Beaucoup finissent épuisées, endettées et culpabilisées. Voir cet article également sur le petit pourcentage (1%) qui gagnent vraiment de l’argent au sein de doTerra.

Ces structures, basées sur un système qui est presque similaire à un système pyramidal (la différence étant qu’ils vendent des produits, ce qui les sort de cette définition), reposent sur le recrutement constant de nouvelles conseillères, ce qui pousse celles-ci à devenir à la fois clientes et vendeuses, souvent au détriment de leur stabilité financière. Beaucoup investissent dans des kits de démarrage coûteux ou achètent régulièrement des produits pour atteindre des quotas, sans jamais récupérer leur mise. Cela crée une pression immense et alimente un cycle où le sentiment d’échec personnel est renforcé, alors que le système lui-même est profondément inégalitaire.

Ce modèle exploite les rêves de nombreuses femmes en quête d’autonomie et de reconnaissance, tout en accentuant leur vulnérabilité économique. Les MLM prennent appui sur des réseaux de confiance – amical, familial – mais, au lieu de les renforcer, ils fragilisent ces liens, laissant souvent derrière eux des relations abîmées et des femmes plus isolées qu’au départ et la plupart du temps, pas avec plus d’argent. 

conseillère chez DoTerra

Image représentant une conseillère DoTerra, l’un des agents les plus importants de ce MLM autour des huiles essentielles . – Source : https://www.doterra.com/CA/fr/promotions-old

Une éthique plus que douteuse

Une confiance parfois mise à mal

Comme le dit très bien l’article de Les Mauvaises Herbes, dans le MLM, les conseillères et conseillers sont souvent des personnes de l’entourage proche : une amie, une voisine, une collègue, un membre de la famille. Cette proximité instaure une relation de confiance naturelle. Cependant, cette confiance peut être mise à l’épreuve par la structure même du modèle : les revenus ne proviennent pas seulement des ventes, mais aussi du recrutement d’autres conseillères.

Ce double enjeu – conseiller tout en cherchant à recruter – peut nuire à l’objectivité. Bien que toutes les personnes impliquées n’aient pas de mauvaises intentions, loin de là, ce mécanisme invite à poser des questions sur la transparence des conseils reçus.

Surtout lorsqu’on sait que l’entreprise finance la recherche universitaire sur les huiles essentielles à hauteur de millions de dollars. « doTerra a noué des partenariats avec l’Université d’Oklahoma, l’Université d’Utah et l’Université adventiste du Sud. Mais l’entreprise de marketing à paliers multiples est particulièrement fière de sa relation avec Khan et le Centre national de recherche sur les produits naturels ». (Source ici). Selon cet article, Le Centre national de recherche démontre que les huiles essentielles de l’entreprise sont de bonne qualité et la plupart de leurs concurrents vendent des produits « frelatés ». Information énormément propagée par les conseillères de doTerra qui considèrent (selon 4 personnes qui sont venues nous démarcher personnellement) que le problème majeur avec les huiles essentielles est celui-ci et qu’il ne faut pas acheter à la concurrence car cela serait dangereux pour la santé). On peut aisément mettre en doute cet argument commercial puisque ce sont eux qui financent directement la recherche. 

Un manque de formation préoccupant

Les huiles essentielles sont des substances puissantes, et leur usage nécessite des connaissances solides. Pourtant, dans le cadre du MLM, il n’y a pas d’exigence stricte en termes de formation. Les nouvelles recrues peuvent commencer à vendre et à conseiller après avoir suivi des modules internes, qui mettent souvent l’accent sur les techniques de vente plutôt que sur l’aromathérapie.

Cela crée un décalage important : des conseils inadaptés, voire dangereux, sont parfois prodigués, surtout pour des publics vulnérables comme les bébés ou les femmes enceintes. Par exemple, certaines recommandations encouragent l’utilisation d’huiles essentielles non diluées sur la peau ou même leur ingestion sans supervision médicale. Ce type d’utilisation peut entraîner des effets secondaires graves. Selon cet article, la FDA (Food and Drug Administration) a mis en garde à plusieurs reprise l’entreprise doTerra pour allégations de santé non autorisées. Les conseillers vantant les mérites des huiles essentielles contre certaines maladies et pour guérir l’autisme par exemple.

Des pratiques controversées

La dilution et l’ingestion sont souvent des points de discorde dans le domaine des huiles essentielles. En aromathérapie traditionnelle, les huiles essentielles pures ne doivent pas être appliquées directement sur la peau (sauf cas exceptionnels, comme le tea tree ou la lavande officinale, dans des contextes précis). Quant à l’ingestion, elle nécessite une vigilance accrue et ne devrait être envisagée que sur avis professionnel.

Certaines entreprises de MLM, pourtant, encouragent ces pratiques sans apporter les précautions nécessaires. Cela contribue à banaliser des usages qui, mal encadrés, peuvent être nocifs.

Nous vous conseillons d’aller lire les risques potentiels sur le site du centre anti-poison Belge ou le site de l’ANSES.

Le grade thérapeutique, une invention ! Source : notre imaginaire avec des images Canva – ®Douladilune

Le mythe du « grade thérapeutique »

L’appellation « grade thérapeutique » est souvent mise en avant comme un gage de qualité supérieure. Pourtant, ce terme n’a aucune reconnaissance officielle. Il s’agit d’une stratégie marketing propre à certaines entreprises, sans régulation ni validation par une instance neutre. Ce sont donc eux qui ont inventé le terme, ainsi que la manière de démontrer qu’une huile possède ces qualités, puis l’ont apposé à leur produits, sous la validation des universités et centres de recherche qu’ils financent eux-mêmes.

Cette appellation peut induire en erreur, laissant croire que d’autres huiles essentielles sont de qualité inférieure. Pourtant, la qualité d’une huile ne se mesure pas à un label inventé, mais à des critères concrets : qualité des plantes, méthode d’extraction, pureté, transparence des tests effectués par des laboratoires indépendants.

Montée en flèche dans le monde de la périnatalité

Ce modèle s’infiltre également dans les professions du bien-être et de la périnatalité. Il n’est pas rare de voir des formations fleurir, promettant d’apprendre « comment soigner maman et bébé avec les huiles essentielles ». Plusieurs fois par mois, nous sommes contactés par des conseillères Do Terra pour implémenter les huiles essentielles dans nos produits !

Nous sommes particulièrement préoccupés par cette tendance qui pousse de plus en plus de femmes à vouloir former des doulas aux huiles essentielles. Même lorsque ces huiles semblent « sûres » pendant la grossesse et l’allaitement, il est essentiel de se rappeler que l’effet cumulatif des huiles essentielles, surtout lorsqu’elles sont présentes dans des produits comme les shampoings, savons, cosmétiques, lessives, soins pour la peau, etc., n’a pas été suffisamment étudié à long terme. L’usage constant et varié de ces huiles crée une charge invisible, mais bien réelle, pouvant perturber les organes comme le foie, les hormones et l’environnement. De plus, les formations des conseillères, manquent cruellement de bases scientifiques solides, puisqu’elles sont créées par les firmes elles-mêmes. Avec des biais très questionnables donc. Et, fait non négligeable, ces formations banalisent l’utilisation de substances extrêmement concentrées auprès de populations vulnérables, avec des risques bien réels.

Impact environnemental des huiles essentielles : entre surexploitation et pollution

Les huiles essentielles sont souvent vendues comme une alternative saine et respectueuse de l’environnement. Mais cette image est loin de la vérité.

Le coût écologique des plantes sacrifiées

La production d’huiles essentielles nécessite une quantité astronomique de plantes. Voici quelques chiffres qui donnent le vertige :

  • Il faut 5 tonnes de pétales de rose pour produire 1 litre d’huile essentielle.
  • La distillation de 200 kg de fleurs de lavande produit 1 litre d’huile essentielle.
  • Et pour des huiles rares comme la mélisse ? Jusqu’à 7 tonnes de plantes !
  • Pour l’huile essentielle de bois de santal, ce sont des arbres entiers, parfois centenaires, qui doivent être abattus.

Ces chiffres révèlent un problème majeur : l’industrie des huiles essentielles pousse à une surexploitation des ressources naturelles. Les monocultures intensives épuisent les sols, appauvrissent la biodiversité et nécessitent des quantités gigantesques d’eau.

L’impact sur les nappes phréatiques

La distillation des plantes est une activité qui consomme énormément d’eau. Les monocultures intensives de rose, de menthe ou de basilic, souvent irriguées, contribuent à l’assèchement des nappes phréatiques. Mais ce n’est pas tout : les huiles essentielles, insolubles dans l’eau, laissent une fine couche huileuse qui flotte à la surface des nappes, pouvant perturber leur équilibre et nuire à la faune et à la flore. Ces micro-pollutions peuvent affecter les écosystèmes aquatiques et rendre l’eau plus difficile à traiter. Malheureusement, cet impact a encore été très peu étudié. Le risque est présent et difficile à évaluer. Plusieurs études ont évalué un risque faible car elles testaient la qualité de l’eau. Les huiles essentielles n’étant pas solubles dans l’eau, difficile en effet de les y retrouver. Cet article tend à montrer qu’en l’état actuel des connaissances, l’impact est probablement faible. Au vu des nombreux autres polluants déjà présents, on peut toutefois questionner l’intérêt d’en ajouter avec des pratiques souvent non essentielles à la santé. Oui, les huiles essentielles sont donc moins néfastes pour la planète que les dérivés pétrochimiques et les médicaments, mais cela n’empêche pas de veiller à une consommation raisonnable et réellement utile. 

risques pour l'environnement des huiles essentielles

Impact possible des extraits de plantes et huiles essentielles sur les micro-organismes terrestres et aquatiques –Crédit illustration : © Ecotoxicologie.fr 

Des plantes venues de loin, au prix de vies humaines

Une grande partie des huiles essentielles utilisées en Europe provient de pays où les réglementations environnementales et sociales sont quasi inexistantes. Madagascar, l’Inde, l’Indonésie… Ces pays abritent les cultures de plantes comme l’ylang-ylang, le bois de santal ou le vétiver. Là-bas, les travailleurs et travailleuses sont souvent exploités, mal rémunérés et exposés à des conditions de travail pénibles. La surexploitation des terres aggrave la pauvreté locale, tout en enrichissant des multinationales qui s’approprient ces ressources. Les normes y sont bien plus souples qu’en France, et même du bio peut parfois contenir des quantités non négligeables de pesticides !

De plus, souvent, des forêts seront rasées pour produire de grandes quantités de plantes en monocultures pour la distillation.

images montrant les rendements des huiles essentielles

Masse d’huile essentielle produite pour 1 hectare cultivé : exemples du lavandin, des clous de Girofle, de la lavande et de la rose de Damas – 1. Sources : Schneider, 2007 ctht.org, 2023 ; Jardinsdefrance.org, 2023 – 2. Source : Lebon, 2020 – 3. Source : estimation « à la louche » du nombre d’hectares mobilisés sur la base de la production mondiale annuelle (FranceAgrimer, 2020) et de la masse d’huile essentielle produite par hectare – Crédit illustration : © Ecotoxicologie.fr

Huiles essentielles et santé : des risques sous-estimés

Les huiles essentielles ne sont pas inoffensives. Ce sont des concentrés puissants de molécules actives, capables d’interagir avec nos systèmes biologiques de manière parfois toxique. Pourtant, leur utilisation est banalisée. En diffusions continues, dans les cosmétiques, les produits ménagers, voire en ingestion, elles sont devenues omniprésentes dans nos maisons. Mais quelles en sont les conséquences à long terme ?

Un manque cruel d’études scientifiques

Aucune étude de grande ampleur n’a été menée sur les effets cumulatifs de l’exposition prolongée à de nombreuses huiles essentielles dans l’air que nous respirons ou sur notre peau. Ces molécules volatiles s’accumulent pourtant dans nos environnements clos, et leur impact sur notre système nerveux, notre foie ou nos poumons reste largement méconnu.

Les risques avérés

  • Neurotoxicité : Certaines huiles comme l’eucalyptus ou le camphre sont connues pour avoir un impact sur le système nerveux, particulièrement chez les enfants.
  • Impact sur le foie qui ne peut pas traiter autant de molécules et les métaboliser sur de grandes quantités. De nombreux naturopathes parlent de clients qui ont eu des gros problèmes de foie suite à une utilisation importante d’huiles essentielles dans leur quotidien. 
  • Allergies et sensibilisations : Une utilisation répétée ou mal dosée peut provoquer des réactions allergiques sévères, des irritations ou des brûlures.
  • Effets sur les femmes enceintes : Certaines huiles sont déconseillées pendant la grossesse, car elles peuvent induire des contractions ou affecter le développement du fœtus.
  • Effets sur les animaux domestiques en cas d’utilisation en vaporisations dans les lieux de vie.

Attention, les médicaments aussi, comme toute substance, comportent des risques. Le danger n’est pas réellement dans le produit mais dans sa mauvaise utilisation. Ce qui est dangereux c’est surtout que les gens, parce que c’est naturel, s’en servent pour tout et rien, parfois sans avoir reçu les informations adéquates.

Les huiles essentielles, des risques avérés- Source : notre imaginaire avec des images Canva – ®Douladilune

Petites productions locales : victimes de la mondialisation des huiles essentielles

En France, de nombreux.ses producteurices passionné.e.s cultivent des plantes comme la lavande, la menthe ou le romarin dans des exploitations familiales. Ces professionnel.le.s, souvent engagé.e.s dans une agriculture biologique respectueuse de l’environnement, portent un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération. Pourtant, iels se trouvent aujourd’hui confronté.e.s à une concurrence déloyale exercée par les multinationales, qui dominent le marché avec des huiles essentielles à bas coût. Ces produits, bien que séduisants par leur prix, sont souvent le fruit de pratiques industrielles intensives, impliquant des cultures à grande échelle et l’utilisation de méthodes moins respectueuses des sols, de la biodiversité et des communautés locales.

Face à cette pression, les petit.e.s producteurices sont contraint.e.s de faire des choix difficiles : intensifier leur production pour rivaliser sur les prix, au risque de sacrifier la qualité et leurs valeurs éthiques, ou abandonner leur activité, mettant ainsi en péril un patrimoine agricole et artisanal unique. Cette situation reflète un problème plus large lié à la valorisation de l’agriculture de proximité : malgré l’intérêt croissant pour les produits locaux et biologiques, les circuits de distribution dominants privilégient encore trop souvent des modèles de production de masse.

En intensifiant la production, le sol s’épuise, les écosystèmes locaux sont déstabilisés et les plantes perdent en qualité olfactive et thérapeutique. Par ailleurs, déjà soumis à des marges réduites, les producteurices ne peuvent pas maintenir des prix compétitifs sans risquer leur propre survie économique. Ce système fragilise aussi les communautés rurales, qui dépendent de ces cultures pour préserver leurs emplois et leur identité culturelle. À long terme, c’est toute une filière, à la fois écologique, sociale et culturelle, qui risque de disparaître.

    Distillation artisanale dans un champ de lavande. Source : Canva

    Alternatives éthiques et responsables aux huiles essentielles

    Il est crucial de revenir à des pratiques qui respectent les humains, la nature et notre santé. Soutenir les petits producteurs locaux, qui oeuvrent pour une production éthique, durable et à taille humaine, est une démarche qu’il nous faut encourager. 

    Nous vous invitons aussi à explorer des alternatives simples et naturelles pour les besoins quotidiens : macérats huileux, baumes, tisanes, bains et eaux florales. Ces remèdes de base, souvent suffisants pour la prévention ou les petits maux, offrent une approche douce et respectueuse de notre corps. 

    L’huile essentielle, quant à elle, doit rester l’exception et être utilisée principalement lors de maladies ou lorsqu’une action plus puissante est nécessaire.

    Les huiles essentielles sont précieuses. Mais leur industrialisation massive en a fait des produits de consommation courante, utilisés sans respect pour les plantes, les producteurices ou notre santé. En résumé, que pouvons-nous faire ?

    • Privilégier les autres formes de plantes. Infusions, macérations, hydrolats : Moins concentrés, ils sont une excellente alternative pour un usage quotidien.
    • Limiter l’usage aux besoins réels : Les huiles essentielles ne sont pas des produits à diffuser en continu ou à intégrer dans chaque produit du quotidien.
    • Soutenir les producteurs locaux : Acheter directement auprès de producteurices français.es engagé.e.s permet de privilégier la qualité et de préserver les savoir-faire artisanaux.
    • Refuser le modèle MLM : Boycotter ces systèmes d’exploitation et informer les gens sur les pièges du marketing multiniveau.
      Gamme de macérâts huileux de douladilune

      Nous avons créé toute une gamme de macérâts huileux pour vous accompagner, à chaque étape de votre vie. Source : ®Douladilune

      Conclusion : redonnons du sens à notre « naturel »

      L’engouement pour les huiles essentielles est un symptôme de notre époque. En quête de solutions simples et naturelles dans un monde de plus en plus toxique, nous avons perdu de vue l’essentiel : le respect de la nature, de ses cycles, et de celles et ceux qui cultivent ces précieuses ressources.

      Il est temps de ralentir, de consommer moins mais mieux, et de remettre la sobriété et l’éthique au centre de nos choix. Car chaque goutte d’huile essentielle a un coût, et il est bien plus lourd que ce que l’on nous laisse croire.

      Il est important de préciser que cette critique, dans cet article, ne vise en aucun cas directement les personnes impliquées dans les MLM (marketing de réseau). Bien au contraire, ces personnes sont elles-mêmes les premières victimes de ces systèmes trompeurs. Ces entreprises, souvent peu éthiques, exploitent leurs rêves et leurs espoirs, leur promettant des gains mirifiques, une indépendance financière ou une vie meilleure. En réalité, elles les enferment dans des schémas où les bénéfices sont minimes, voire inexistants, et où la pression psychologique peut être immense. Nous ne pouvons qu’éprouver de la compassion pour toutes celles et ceux qui se retrouvent piégé.e.s dans ces mécanismes. Le plus souvent, sans même s’en rendre compte. Nous sommes conscients également que les femmes qui promeuvent les huiles essentielles le font sans aucun doute car elles pensent que cela va faire du bien autour d’elles. Nous saluons leur intention, qui est belle.

      Chez Douladilune, notre engagement est total et nous avons foi en l’avenir, si tant est que nous nous informions collectivement et reprenions notre esprit critique. Nous croyons en un commerce honnête, transparent, et respectueux des personnes comme de la planète. Presque tous nos produits sont créés à partir de plantes que nous cultivons et récoltons nous-mêmes, dans une démarche artisanale et éthique. Lorsque nous choisissons de nous fournir à l’extérieur, nous optons pour les producteurices les plus proximaux et artisanaux possible. Nous sélectionnons nos fournisseurs avec grand soin. Nous refusons les compromis sur la qualité, l’impact environnemental et la dignité des producteurs et des consommatrices. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits, mais nous y tendons le plus possible et mettons tous nos efforts dans cette réflexion.

      En choisissant nos créations, vous soutenez une approche locale et humaine, où chaque tisane, chaque macérat ou cosmétique porte en lui le soin, le respect et l’amour de la nature et des êtres humains. C’est cette vision que nous portons avec fierté et que nous continuons de défendre, pour une consommation plus juste, consciente et solidaire.

      Avec toute notre gratitude pour votre soutien,
      Thaïs et Mathieu
      Créateurices de Douladilune

        Un macérât huileux de rose. Source : Canva